vendredi 27 décembre 2013

Zone aéroportuaire défendue, un scénario pour Loups-Garous, les Déchus

Voici un scénario de style "bac à sable" (les joueurs ont une liberté d'action totale au lieu de suivre un enchaînement pré-défini), conçu pour l'initiation sur une durée courte (une à deux heures). Il a été créé pour les Utopiales 2013, sur le thème "Autres mondes". Il s'agit d'un scénario entièrement descriptif, il peut être joué avec n'importe quel système, du moment que les PJ sont des loups-garous. 

L'action se déroule dans une ville imaginaire du nord des USA ou du Canada, afin de donner plus de liberté d'action aux joueurs, du fait de la présence de loups à l'état sauvage. Comme certains peuvent se douter, la situation nantaise est une source d'inspiration majeure. Cependant, elle n'a pas été choisie, principalement pour des raisons ludiques : la zone naturelle actuellement protégée par l'aéroport de Nantes-Atlantique est le lac de Grand-Lieu (lire à ce propos Loïc Marion, ancien conservateur de la réserve de Grand-Lieu et chercheur au CNRS, spécialiste de l'écologie de ce lac), et jouer des hérons-garous n'est pas forcément motivant.

Synopsis

Les PJ constituent une meute de loups-garous. Ils ont pour territoire de chasse une zone limitrophe à un aéroport, dont l'accès est interdit pour des raisons de sécurité. Laissée en friche, la nature y a repris ses droits : c'est un lieu idéal pour se ressourcer, loin de toute corruption (spirituellement loin, puisque le tarmac est à quelques centaines de mètres).
Ils apprennent brusquement que leur zone est gravement menacée : l'aéroport va  être déplacé de l'autre côté de la ville et toute la zone de l'actuel aéroport (y compris le sanctuaire de la meute) urbanisé.
Ils vont donc faire tout ce qui est en leur pouvoir pour défendre leur territoire.


Image ACIPA

Introduction

Comme tous les soirs, la meute est réunie dans son havre de paix. Décrivez la nature sauvage de cet endroit : des ruisseaux coulent librement, des traces d'ongulés qui sont allés s'y abreuver, les oiseaux qui chantent tout autour des PJ. C'est un endroit où nulle trace de l'homme n'est visible, on se croirait au début du monde.
Photo Mortis, wikimédia commons
VRAOUM. Un avion passe au-dessus des PJ. Ce décor bucolique à deux pas d'une grande ville, ils savent à quoi ils le doivent : la zone de défense de l'aéroport, un endroit survolé par des avions en décollage ou atterrissage, strictement interdite car donnant un accès direct à l'aéroport.
Justement, cela risque de ne pas durer. Pendant la journée,  les PJ ont appris que l'aéroport allait être déplacé, afin de pouvoir étendre la ville à la place (ça fait la une des journaux). Leur havre de paix va disparaître sous les immeubles d'habitation.
Les PJ sont donc réunis pour mettre en œuvre un plan d'action pour empêcher cela. A eux de décider ce qu'ils vont faire : ce scénario est complètement ouvert. Etant à la base prévu pour durer une heure, toute action entreprise par les PJ doit réussir. Bien entendu, il est possible d'étendre la durée du scénario en transformant certaines pistes (de décollage) en impasses...


La voie politique

Une première réflexion que les PJ peuvent se faire, c'est que ce projet de déplacement d'aéroport n'est pas franchement pertinent : le besoin d'extension de la ville de ce côté n'est pas crucial (les gens préfèrent aller vivre de l'autre côté, qui est plus agréable – plus vert, plus joli, et avec plus d'emplois de proximité) ; les industries qui vivent de l'aéroport n'ont pas toutes les moyens de se déplacer et les pertes d'emplois risquent d'être nombreuses ; la ville est déjà endettée et ce projet lui coûtera très cher.

Origine du projet

La personne à l'origine du projet n'est autre que le maire, Steven Anderson. Le projet est connu suite à une conférence de presse qu'il a donnée,  annonçant l'opération et en vantant les mérites (emplois dans la construction, avoir un aéroport plus moderne, plus écologique – oui, il a osé !). Il s'agit de la version officielle, que les PJ connaissent déjà.
Officieusement, l'idée vient en réalité de l'entreprise Leonard, une entreprise de BTP, qui en échange de  cette opération juteuse aux frais du contribuable, a promis un petit pourcentage sur un compte dans les îles à Steven Anderson. Le maire a déjà reçu un acompte en argent liquide, relativement conséquent. Manquant de temps pour lui trouver une cachette efficace, Steven a enterré la mallette dans son jardin. Si celle-ci venait à être retrouvée, même s'il n'y a rien d'illégal à cela, la population se poserait assez de questions pour faire le rapprochement avec le déplacement d'aéroport et le projet serait compromis.
Il existe un témoin à l'échange entre Steven Anderson et Martin Leonard (le PDG de Leonard) : la femme de ménage de Steven, Conchita Sanchez. Conchita a plus ou moins entendu le sujet de la conversation des deux hommes, en entrant pour leur servir le café. Mais elle a cru que Steven Anderson avait l'idée de son projet et qu'il ne faisait que s'informer auprès de son ami sur les coûts et procédures, elle n'a rien entendu de compromettant.  Cependant, elle connaît l'emploi du temps de son employeur et il est possible de la convaincre d'enregistrer à leur insu la prochaine conversation entre Steven et Martin. Elle ne sera dans un premier temps pas d'accord, puisqu'elle risque de perdre son emploi et de ne pas parvenir à en trouver un autre. Cependant, les PJ peuvent apprendre que le mari de Conchita travaille dans un hôtel près de l'aéroport (son emploi est donc menacé par le projet de déplacement). Ils peuvent aussi promettre un emploi à Conchita.


Opposition au projet

Les PJ peuvent se rapprocher des opposants politiques au projet qui se trouvent, bien évidemment, dans l'opposition. Seulement voilà, l'opposition est très peu puissante : elle est éclatée en plusieurs groupes politiques qui ne sont d'accord que sur une chose, critiquer le travail du maire, quoi qu'il fasse. Si les PJ parviennent à rassembler les chefs de file des mouvements d'opposition et à leur fournir les bons arguments, ils parviendront à convaincre la population de l'inanité du projet, et à dresser les conseillers municipaux, craignant pour leur prochain mandat, contre le maire.
Voici les opposants en question :
  • Robert Batson, du mouvement Progrès sur la Ville : la cinquantaine, commerçant soutenu particulièrement par les petits commerçants de la ville. L'un de ses credo est l'abrogation de la loi sur l'heure de fermeture des bars, en raison de la liberté d'entreprendre.
  • Jessica Pots, du mouvement République & Valeurs : elle est la porte-parole de tous les traditionalistes, en particulier religieux, que compte la ville. Elle critique abondamment Anderson en raison du laxisme avec lequel il tolère le bruit et l'ébriété causés par les bars qui ne ferment qu'à 2h...
  • Marc Johns, du mouvement Mérite & Liberté : entrepreneur informatique plus centriste que les autres opposants. Il pense qu'il est très bien de légiférer sur l'heure de fermeture des bars, mais que les choix qui ont été effectués sur les horaires sont injustes et provoquent une distorsion de la concurrence.

La voie écologique

 

Protéger notre territoire

Le territoire de la meute est un espace où la nature est exubérante, mais qui est de par son interdiction complètement méconnu. Cet endroit abrite d'ailleurs quelques espèces de plantes protégées, qui seront recouvertes par les bulldozers avant que qui que ce soit s'en aperçoive.
Une aide qui pourrait s'avérer précieuse est la botaniste Claire Changal. Si elle venait à découvrir ces plantes, elle serait capable d'aller en justice et de gagner pour les sauvegarder (ce qui n'empêchera pas le transfert d'aéroport, mais gardera sauve une partie du territoire de la meute). Seulement voilà, elle n'a aucune raison de traîner là-bas puisque c'est interdit et qu'elle est respectueuse des lois. Les PJ devront la convaincre... ou la kidnapper !


Empêcher la construction de l'autre aéroport

Le projet de transfert implique la construction d'un autre aéroport. Si cette construction ne peut se faire,  l'autre aéroport va rester en place et le territoire des PJ sera sauvegardé. Il existe bien entendu des opposants à l'aéroport : celui-ci devra en effet prendre place en bordure d'une réserve indienne, et même empiéter sur celle-ci. Même s'il s'agit d'une portion inoccupée, les Indiens ne sont pas très heureux à l'idée de devoir vivre près d'un aéroport (d'autant plus qu'ils ne prennent jamais l'avion). Mais parmi ces Indiens se trouve en particulier quelques personnes devant intéresser les PJ : une autre meute de loups-garou. Ils tiennent particulièrement à l'endroit où l'aéroport devra être construit, car il s'agit d'un vieux cimetière indien, et les esprits des ancêtres y sont puissants.
La voie juridique est assez aléatoire : même les indiens doivent faire quelques sacrifices quand il s'agit d'un projet d'utilité publique. Cependant, cela peut mettre en lumière l'existence de ce vieux cimetière, et laisser la superstition faire le reste.
Les PJ peuvent aussi tenter de convaincre les personnes impliquées ayant des origines indiennes. En particulier le géomètre David Ellhorse : s'il déclare que la zone est impropre à la construction d'un aéroport, le projet sera tué dans l'oeuf. Sauf que bien entendu, il ne peut pas le faire, sa conscience professionnelle s'y oppose. Il faudra plus que de la parlotte pour y parvenir... mais s'il reçoit quelques manifestations surnaturelles de la part de ses ancêtres quand il ira faire ses mesures, il est assuré qu'il sera prêt à mentir pour les laisser en paix.


La voie de la force

 

Occupation de la zone du futur aéroport

Les PJ peuvent empêcher les travaux par le sabotage systématique, ou par des manières plus douces, en s'enchaînant aux arbres par exemple. Ils bénéficieront de l'aide de l'autre meute.
Cependant, le maire n'hésitera pas à répondre par la force et par envoyer de plus en plus de policiers pour protéger les travaux/déloger les gêneurs.
Si les PJ sont assez bons en communication, ils devraient pouvoir obtenir la sympathie de la population, et également l'arrivée d'écologistes prêts à lutter à leurs côtés. La situation pourrait alors s'enliser jusqu'aux élections, qui seront du coup défavorables à Anderson et à son projet.
Cependant, Anderson est un as de la communication, et il fera tout pour rendre antipathique l'opposition à l'aéroport. Il fera passer les PJ pour des anarchistes, n'ayant aucun souci de la cause indienne. Il fera notamment pour cela attaquer David Ellhorse par des policiers se faisant passer pour des opposants : aux PJ de protéger David Ellhorse ou rétablir la vérité.
Les PJ peuvent aussi choisir d'aller vraiment à la violence. Si des travailleurs sur le chantier sont égorgés par des loups, qu'aucune battue ne parvient à les chasser, la superstition pourra conduire à un arrêt des travaux.

Assassinats

Les PJ peuvent également tuer Martin Leonard ou Steven Anderson. Ils devront faire attention à faire passer ses assassinats en accidents/suicides, ou à bien couvrir leurs traces : ils ne tiennent pas à être pris par la police.
Voici quelques éléments sur les deux protagonistes qu'ils peuvent utiliser s'ils choisissent cette voie :
  • Steven Anderson vit dans une grande demeure avec sa femme et ses deux enfants (adolescents). Il se déplace en voiture, et passe beaucoup de temps à la mairie et dans des réceptions diverses. Quand il a du temps libre, il le passe chez lui, seul enfermé dans son bureau, à tenter d'écrire ses mémoires. Sa femme Sarah le trompe avec Joe Hyet, l'ancien professeur de judo de ses enfants. Elle le retrouve à son domicile où il vit seul.
  • Martin Leonard est divorcé et vit dans un appartement luxueux. Il est souvent sur les routes, en voyages d'affaire ou en visites de chantier (aller sur le terrain lui permet de motiver ses employés et se faire aimer d'eux). Il passe beaucoup de nuits à l'hôtel, et dans ces cas il fait parfois monter une prostituée dans sa chambre. Il a une femme de ménage, qui ne passe qu'en son absence et lui prépare des plats à réchauffer pour les soirs où il est chez lui.

Yoda

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